Big Steve se mit à parler d’une voix lente pour faire baisser la tension. Dans les moments d’urgence, l’accent noir du Sud profond, dilatant les mots en guimauve au barbecue, revenait peupler la gorge de l’habitant de Jersey City. Les jeunes rassemblés là avaient les épaules houleuses, les yeux noirs chauffés à blanc et dans leurs grondements roulaient des échos de Bagdad.

(photo © Sriantha Walpola)
29 janvier 2009
Categories: 19/ big steve . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: Laisser un commentaire
18.
Aux abords des derniers cercles de la damnation, au bout de la ligne de bus, les gangs tiraient à vue sur toutes les taches du paysage, sans discrimination. Ils flinguaient les leurs aussi, mais ils avaient des raisons pour ça.
24 janvier 2009
Categories: 18/ gangs . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: Laisser un commentaire
17.
« Le mannequin tatare leva les paupières. Elle était entièrement vêtue de bleu, qui mettait en valeur ses yeux, sa peau ivoire, et sa blondeur de moisson. Les formes féminines étaient à peine esquissées sur cette chair d’une minceur irrémédiable. Ces traits presque androgynes étaient contredits par la féminité hyper-réelle du visage. Elle était d’une taille et d’une corpulence réduite pour la fille d’une grande femme et d’un homme trapu, massif. Elle était assez petite pour un mannequin, même pas le mètre soixante-dix, mais ses proportions étaient idéales pour les magazines, et le choc des confins, visible sur ses traits, lui conférait une mélancolie très majestueuse sur papier glacé. »
15 janvier 2009
Categories: 14/ Le mannequin tatare . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: Laisser un commentaire
16.
« Quand vint le tour de Prince, il rassura ses entraîneurs en circulant autour du Portoricain comme en plein slalom au Jeux Olympiques, en le bombardant de loin, à l’abri des coups de boutoir du taureau des Caraïbes. Il ne cognait pas assez fort et le Portoricain traversait ses gauches comme s’il allait aux prunes. Prince se mit à enchaîner un crochet du même bras derrière le direct. Le Portoricain pilait net à chaque fois, il avait horreur de ce dos d’âne sur la route. Ça lui faisait perdre le fil. »

19.
« Petit-Steve avait affaire à un boxeur dangereux. Grand et sec, l’air de rien question puissance, longiligne aux muscles décharnés, mais il fallait se méfier, un direct lancé d’aussi loin percutait comme un coup de matraque. Petit-Steve était du genre à ne pas faire de prisonniers. Du coup, en attaque frontale d’artillerie lourde, il prenait des coups. Or, les Saintes Écritures étaient très claires là-dessus : il fallait les accepter, mais pas les prendre — il n’y a pas de bon encaisseur. Contre un adversaire de plus grande taille, le style de puncheur de Petit-Steve était un handicap. »
(photos © Sriantha Walpola)
13 janvier 2009
Categories: 13'/ Perdre le fil . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: 3 commentaires
15.
« Pourquoi se servait-il d’un argot de colonie pénitentiaire soviet dont Dessaignes ne possédait pas encore tous les tenants et aboutissants mais qui lui semblait fort bien maîtrisé, et obscurci d’une grille codée impénétrable ? »
11 janvier 2009
Categories: 13/ Argot . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: 2 commentaires
14.
« Puis il sortait du ring et Prince et Petit Steve boxaient avec les indigènes: des Portoricains pour la plupart, mais aussi d’un groupe de Polonais et d’Irlandais affûtés comme des rasoirs, venus de Bayonne : une équipe de Blancs efflanqués, blonds comme les blés, méchants comme des teignes, entre les cordes. Ils étaient patronnés par un entraîneur couperosé en blouson rockabilly bleu électrique, ancien espoir des mi-lourds — Dessaignes n’avait jamais vu personne trimballer sa bedaine avec tant d’élégance. Et les Renegades en faisaient baver à tout le monde, démontrant la science de Big Steve : sans ring et quasiment sans matériel, largué dans un sous-sol obscur, ils apprenaient la guérilla, la guerre de positions, l’offensive, la contre-guérilla, la défense et l’embuscade. »
(photos © Sriantha Walpola)
9 janvier 2009
Categories: 12/ Prince et Petit Steve . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: 2 commentaires
13.
« Il ne trouvait rien, mais l’envergure des criminels évoqués et de leurs relations l’éberluait, de la Famille Genovese au Mossad, de Marc Rich (un milliardaire spécialiste en eaux troubles grâcié par Bill Clinton) à Joseph Kobzon, chanteur populaire russe et député à la Douma, protecteur de Ivankov et surnommé le “Frank Sinatra russe”. Ismet Khalimov, le protégé de Kribanov, certes, n’arrivait qu’au vingtième rang des lointaines relations. C’était suffisant pour glacer le Français. Comme à chaque fois qu’il avait peur, et c’était à présent quotidien, il mit le cap sur la cave de Big Steve. »
7 janvier 2009
Categories: 11/ Criminels . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: Laisser un commentaire
12.
« La fois suivante, lorsque Dessaignes passa l’examen de traduction consécutive en russe, Anthony Thomas Lee n’était pas là. Il s’agissait ce jour-là d’un crime passionnel, que l’accusation prétendait crapuleux : une jeune femme originaire d’Oulianovsk, Russie Centrale, avait abattu son amant, un quadragénaire marié originaire de Sotchi en Russie du Sud, propriétaire de trois boutiques de téléphones portables dans Brooklyn, parce qu’il refusait de quitter sa femme. Le procureur prétendait que la voleuse de mari avait simplement perdu le contrôle de sa colère en voyant les boutiques lui échapper. Là encore, Dessaignes s’en sortit correctement parce que les idées suivaient une logique imperturbable dans laquelle il était facile de se couler, sans surprise. Il constatait que les changements de rythme et les retournements de situation n’étaient pas prévus au test. »
5 janvier 2009
Categories: 10/ Examen . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: Laisser un commentaire
11.
« —Ouais, Charles, mais tous ces mecs, on les a mis KO là où ça compte pas, mon vieux, a-t-il dit en espérant faire passer le message à tout le monde, y compris son frère qui se vantait devant les jeunes des rixes du passé. Dans la rue, ou à la salle. C’est marqué nulle part, il n’en reste rien, aucune trace. On est les seuls à le savoir, Charles, aucune trace, aucune preuve, pas de palmarès, pas de pognon. On a fait tout ça pour rien. »
(photos © Sriantha Walpola)
3 janvier 2009
Categories: 9"/ Pas de palmarès, pas de pognon . . Auteur: thierry marignac . Commentaires: 2 commentaires