Faites la gym avec lui

9.
Mais si Big Steve connaissait quelque chose dans cette vallée de larmes, c’était les pas de retrait et les feintes, les droites et les contres, les crochets vicieux au corps, les blocages à vous casser le bras. 4boxingnjcolor030207Il savait frapper en reculant et secouer son adversaire, minuter son cross du droit pour qu’il s’écrase en pleine bouche avant le gauche qu’on lui expédiait à toute allure, histoire — Jésus, Marie, Joseph — de le tenir à distance. Il savait tourner la tête sur un ou deux centimètres, éviter un crochet tandis qu’il armait le sien pour cogner dans les côtes, changer d’avis à la dernière seconde pour taper dans le nez au beau milieu de la figure. »

10.

Si on envisageait la boxe comme un langage, Dessaignes en déchiffrait la grammaire. Dans la cave, basse de plafond, étroite, encombrée, opressante, si les boxeurs savaient tout de l’escrime et de la puissance de feu, il leur manquait un véritable gymnase, un meilleur équipement, une méthode complètement aboutie. Big Steve, le voyant religieusement faire sa culture physique dans un coin en fin de séance, avait fini par dire à ses ouailles:

—Faites la gym avec lui. »